Le bleu
Par Gratianne Garcia
Madame Diana Gabaldon aime le bleu. Et cette couleur, la plus fréquemment nommée, émaille son œuvre à de nombreuses reprises tout au long des pages de ses romans.
Le bleu est un fil conducteur qui structure l’histoire et nous promène au travers de celle-ci pour nous conduire à l’essentiel : tantôt nous y rencontrons le bleu naturel, tantôt nous y devinons une idée surnaturelle. Rien n’est laissé au hasard par l’auteure. Le naturel et le surnaturel qu’ils soient couleur, lumière ou idée résultent d’un choix délibéré.
Le naturel : nous rencontrons le bleu dans la nature. Il évoque des descriptions d’atmosphère, d’animaux, d’objets, de vêtements, de corps humains sains ou blessés, de l’artisanat. Il exprime aussi des émotions.
Enfin et bien sûr, il y a évidemment les yeux bleus de Jamie, la boussole de Claire. Et il y a aussi ceux de Brianna du même bleu qui prennent le relais pendant la séparation du couple.
Le surnaturel : cette métaphysique du bleu, nous la retrouvons à de nombreuses reprises dans la lumière qui entoure les fantômes, dans les légendes, la magie. Il est très présent pour identifier les voyageurs temporels et leurs dons de guérisseurs.
Pour commencer la symbolique et la petite histoire du bleu
La symbolique du bleu
Couleur omniprésente dans nos vies, « symbole de fraîcheur et de pureté, est une invitation au rêve, à l’introspection, à l’évasion, représente l’infini, l’idéal, la paix. Couleur du ciel, de l’eau, de la Terre vue de l’espace, des veines du corps humain et de la nuit. Couleur royale, virginale, aristocratique, populaire, masculine… Fleur bleue, oiseau bleu, note bleue, sang bleu, carton bleu, casques bleus, ballet bleu… bleu azur, Marc Chagall, Yves Klein, Henri Matisse, Pepsi, … bleuté, blue-jean, blues… bleu de Prusse,
Indigo, lapis lazuli, saphir, pastel… n’y voir que du bleu, voir tout en bleu, avoir une peur bleue. »
(Extrait - Le bleu - Dictionnaire de la couleur par Annie Mollard-Desfour)
Un peu d’histoire
En Mésopotamie et en Égypte, le bleu était une couleur sacrée, un porte-bonheur lié à l’immortalité et à la vérité. S'ils ont été les premiers à découvrir les pigments minéraux bleus, l’azurite ou lapis-lazuli, l’indigo, un pigment végétal, était déjà très utilisé dès l’Antiquité.
Pendant l’époque gréco-romaine, le bleu est une couleur généralement peu appréciée et dont on fait un usage modéré. Pour les Romains, par exemple, le bleu est la couleur des Barbares, notamment des Celtes et des Germains qui ont les yeux bleus et aussi parce que, chez plusieurs peuples de Gaule, de Bretagne et de Germanie, certains guerriers ont coutume de se peindre le corps en bleu avant de partir au combat.
Au Moyen-Âge, à partir du XIIe siècle, le bleu est vénéré et symbolise la pureté.
Il devient l’apanage de la Vierge et des rois. Durant cette période, c’est le bleu de Lapis Lazuli ou le bleu outremer que l’on emploie. Provenant d’Afghanistan, ces pigments très onéreux ont rendu la couleur précieuse. Couleur du vêtement de la Vierge, couleur des rois de France et de la dignité royale, couleur associée par les textes littéraires à l'idée de joie, d'amour, de loyauté, de paix et de réconfort, le bleu devient même pour certains auteurs la première des couleurs, la plus belle des couleurs.
Un bleu est produit par le pastel ou guède cultivé en Languedoc et en Picardie. Ce bleu fera la richesse de ces régions.
A la Renaissance, avec la découverte des routes de la soie, apparaît en Europe l’indigo. Henri IV interdit aux teinturiers de l’utiliser sous peine de mort car il vient concurrencer le pastel.
Au XVIIe, Colbert prend des mesures protectionnistes et son emploi reste limité car l’indigo est alors considéré comme une mauvaise teinture. L’importation d’indigo ne commence que vers 1631 et va jouer un rôle économique important jusqu’au XIXe siècle. La culture de l’indigotier est essentiellement liée aux colonies et à l’esclavage. On retrouve cette couleur indigo dans toutes les colonies américaines du Sud. Plus tard, Georges Washington utilisera ce bleu pour habiller ses soldats de l’armée continentale. La tunique bleue symbolise la liberté.
C’est au XVIIIe siècle, à Berlin que l’on découvre le premier pigment synthétique, le bleu de Prusse. Cette invention va déployer la couleur et son utilisation au fil du temps dans les domaines de l’artisanat, des vêtements et des Beaux-Arts.
Au XXe siècle, l’Union européenne se choisit un symbole d’identité et d’unité : un drapeau constitué d’un cercle de douze étoiles dorées sur fond bleu, pour figurer la solidarité et l’harmonie entre les peuples de l’Europe.
Au Moyen-Orient, le bleu représente la sécurité et la protection. C'est la couleur associée au ciel, à la spiritualité et à l'immortalité. Encore maintenant on vend en Turquie, aux touristes surtout, des petits portes bonheurs « œil bleu en perle de verre »
Le bleu des vêtements des Touaregs est un bleu qui fait partie de la famille des pigments de cobalt qui ont une très bonne tenue à la lumière, aux intempéries et aux fortes températures.
LE BLEU DANS OUTLANDER
Ne pouvant tout citer et pour simplifier, j’ai illustré mon propos avec des exemples choisis pour leur pertinence. Vous en trouverez certainement pleins d’autres tout aussi intéressants.
LE NATUREL
La nature : dès le début de la saga, ce sont les fleurs bleues, des myosotis, qui vont attirer Claire et l’embarquer dans cet incroyable voyage temporel.
« … cette plante avait un centre orange pour les fleurs bleues foncé. Intrigué, je me suis dirigée vers elle. (T1 Ch2).
Les libellules
« une énorme libellule dont le corps bleu lançait des éclats vifs au soleil » (T3 Ch50)
Le chien qui arrive au Ridge, nommé Bluebell en rapport avec son pelage.
« "Elle est bleue, n'est-ce pas ?" Fanny se rapprocha, fascinée, et tendit une main hésitante, sans toutefois caresser la chienne. "Oui, ces spécimens sont des Bluetick Coonhound - ils ont la couleur du coutil du matelas. » (T9 Ch16
Les champignons bleus électriques froids et irréels dans les bois des Highlands (T2 Ch 46)
Les objets du quotidien : le bleu étant un colorant courant et facile à utiliser, on le retrouve partout : les vêtements, « rubans de soie, les robes en soie ou en coton » L’indigo est la couleur de prédilection au Ridge. Au XVIII°, le bonnet des Highlanders est la pièce emblématique de la tenue traditionnelle des Highlands. Ce bonnet bleu est devenu synonyme de l'identité nationale écossaise au début de la période moderne et son drapeau, comporte la croix de Saint-André blanche sur fond bleu.
Et en Amérique le « tricorne bleu sombre » de Jamie. Le bateau qui embarque en Jamaïque le jeune Ian,
« une carafe bleue » à Lallybroch, « une bassine au bord bleu »…
A Leoch, « j'avais feuilleté le gros livre bleu du guérisseur. C'était une sorte de pharmacopée comprenant une série de recettes pour traiter divers symptômes et maladies, » (T1 Ch7)
Dans les Highlands, rencontre entre Jamie et Hugh Munro, « Il se redressa et, saisissant la flèche par la hampe l'extirpa délicatement de la crevasse. Elle se termina par trois pennes de pivert nouées avec du fil bleu. Posant la flèche à côté de lui » … (T1 Ch17)
Une pierre précieuse, « Grey avança sa main comme par réflexe. Un petit objet tomba
dans sa paume ouverte. C'était un saphir, aussi bleu que les yeux de Fraser » (T3 Ch10) …
On retrouve aussi le bleu dans certaines descriptions au XXe : « pet de fumée bleue » « camionnette bleue de Rob Cameron » / Mustang bleue / moulinet en plastique bleu de Mandy, l’enveloppe bleue venant de l’université, la chaise en plastique bleu de l’hôpital de Boston, les Pop-Tarts fourrées aux bleuets, … » (T7-2 et T8-2)
Les odeurs : « L’Heure bleue » de Guerlain est le parfum préféré de Claire. « et plus encore de ces petits luxes tels qu’Heure bleue, mon parfum favori » (…) « Heure bleue était son parfum favori. » est cité par Frank (T1 Ch1)
Geillis n’est pas en reste avec le bleu : « Ou peut-être était-ce l'odeur de l'eau de lavande. Les robes amples et fluides de Geillis sentent toujours les essences qu'elle distille : souci, camomille, laurier, nard, menthe, marjolaine. Mais aujourd'hui, c'est la lavande qui s'échappe des plis de la robe blanche. Le même parfum qui imprégnait le coton bleu pratique de Mme Graham et qui s'échappait des ondulations de sa poitrine osseuse. » (T1 Ch24)
Les émotions ressenties par les personnages, sont décrites avec des bleus différents perceptibles et visibles autour d’eux.
- les ciels :
« Il ouvrit un œil bleu comme un ciel radieux » (T2Ch35)
- la lumière du soir et du matin, la nuit : « une immensité bleu-noir » (T8-2 Ch118)
- les éclairs de l’orage pendant la retraite de Ticonderoga :
« Ce soir-là, le ciel bas et menaçant était veiné de fulgurations. Des éclairs de chaleur palpitaient au cœur des nuages, les faisant crépiter dans des bribes de conversation muette. De temps à autre, la foudre bleu-blanc tombait avec un craquement assourdissant qui nous faisait tous sursauter. » (T7-2 Ch11)
- le feu à Prestonpans pendant la menace de torture de Jamie sur le jeune Lord John : « Tous les yeux étaient tournés, fascinés, vers la flamme d'un bleu spectral qui caressait la lame et semblait lui insuffler la vie. » (T2 Ch36)
- l’air ou l’atmosphère : « C’était ce que sa mère appelait un jour de vin bleu. Un jour où l'air et le ciel sont une seule et même chose et où chaque souffle provoque de l’ivresse. » (T9 Ch2)
- la lumière : « Je portais toujours l'alliance de Frank à la main gauche. Dans la lumière bleutée de la chapelle, la main droite que je tendis semblait givrée. » (T1 Ch14)
« La pierre bleue de la bague d’Hector lança un éclat de lumière quand Grey tendit la main pour prendre le fou. » (T3 Ch11)
LES BEAUX YEUX BLEUS DE JAMIE
Les yeux bleus de Jamie sont une source d’inspiration artistique et émotionnelle pour Diana Gabaldon. Vus à travers des yeux amoureux de Claire, ils sont décrits avec des nuances infinies tout au long du récit de la vie de Jamie. Ils symbolisent les émotions ressenties ou simplement l’humeur de Jamie.
Nous voyons défiler des bleus foncés - ses yeux en triangle bleus nuit - un merveilleux bleu nuit - bleu électrique - bleu profond et brillant - Bleu acier - d'un bleu très profond, de la même couleur que le ciel du soir dans l'échancrure des montagnes - bleu ardent - bleu limpide comme un ciel radieux - ses yeux bleus luisant de malice - bleus comme des saphirs taillés et polis - ses yeux bleus en amande - sous l’intensité de ce regard bleu - les yeux bordés de fatigue mais très bleus - ses yeux projetant un éclat bleu à la lueur des chandelles - ses yeux bleus nuits étaient ardents - me fixa de son regard bleu intense - ses yeux lancèrent un éclat bleu vif - ses yeux bleus profonds et pénétrants - le regard bleu de Jamie se glaça - ce regard bleu qui clouait sur place - ses yeux bleus sombres et déterminés - un regard impérieux bleu acier me répondit »
Le champ lexical est identique pour les personnages de Brianna, William et Jemmy qui ont les mêmes yeux. Ceux de Jenny sont décrits « bleu gentiane, un bleu dur et profond » qui évoquent très bien sa personnalité.
Ceux de Jamie servent de boussole émotionnelle à Claire qui en a bien besoin dans ce rude XVIIIème siècle. Sa vie prend du sens auprès de Jamie et les yeux de son amoureux la guident. Les beaux yeux bleus de Jamie, qu’elle aime tant regarder, sont comme un aimant pour elle. Elle les suit, les scrute, s’y accroche, se laisse guider. Elle se rassure et plonge en eux avec un amour passionnel qui l’a complètement absorbée.
« Arrachée à ma niche rocheuse par un courant d’une puissance inattendue, aspirée et engloutie par Jamie et sa vie. Prisonnière à jamais des forces étranges qui agitaient cet environnement étranger. » (T5 Ch 18).
Quand ils sont séparés, elle est perdue. Pendant leurs vingt ans de séparation, elle s’est raccrochée aux yeux de sa fille ce qui lui a permis de rester en vie.
« Elle a tes yeux, exactement les mêmes » (T3 Ch25)
Voilà pourquoi, pour moi, ce regard est la boussole émotionnelle de Claire dans ce voyage temporel, à l’instar des oiseaux migrateurs que connaît bien Mme Gabaldon.
Cette idée de boussole m’est venue à la suite d’un article scientifique partagé par Marie Modica. Il m’a inspiré cette petite analyse personnelle.
Cela fait du bien pour la rationnelle que je suis de lire cette remarquable et rassurante explication : « Il est intéressant de garder en tête que Diana Gabaldon est, à la base, une scientifique et qu'elle a passé plusieurs années à étudier les oiseaux. Aussi il se pourrait bien qu'elle ait suivi l'évolution des connaissances sur le phénomène des oiseaux migrateurs : leur capacité de magnétoréception et leur perception de la lumière bleue par des micros-capteurs sur leur rétine, agit comme une boussole pour s’orienter selon le champ magnétique terrestre. »
(https://www.facebook.com/groups/886154895235383/permalink/1743219152862282/ )
Cette fameuse lumière bleue créée par l’auteure trouve sa source dans cette évidence scientifique. Comme toujours Madame Gabaldon a utilisé la réalité qu’elle connaît bien pour nourrir son écriture. La construction de cette histoire en utilisant la couleur bleue comme fil rouge récurrent, imbrique le réel et le surnaturel de façon originale et géniale.
Pour continuer cette petite analyse autour du bleu dans la saga Outlander, je vais m’attarder maintenant sur les émotions et les états d’âmes des personnages partagés avec le lecteur. Les yeux bleus de Jamie ont particulièrement attiré mon attention. Diana Gabaldon, s’est servie de cette couleur pour mettre en scène différentes émotions. En premier lieu pour Claire, les sentiments sont ressentis et détaillés à travers les yeux de Jamie qu’elle observe en permanence. Pour le lecteur, la particularité du bleu des yeux de Jamie, est un vecteur d’images mentales émotionnelles que l’auteure décline avec tout son talent.
Jamie, le guerrier rouge comme l’appelle maître Raymond dans le tome 2, a des yeux bleus magnifiques et très expressifs qui attirent l’attention. Pas besoin de parler pour montrer ce qu’il ressent et asseoir son autorité naturelle. Le rouge de son aura et le bleu de son regard qui sont deux couleurs complémentaires, sont parfaitement choisies pour exprimer la dualité de ce personnage : à la fois violent et d’une tendresse infinie.
Les beaux yeux bleus de Jamie
Les émotions ressenties par Claire :
Claire aime les yeux de Jamie et les a toujours trouvés beaux. Le choix des nuances de bleu qu’elle nous partage pour les décrire est toujours lié à ce qu’elle ressent dans son cœur.
Arrivée au château de Leoch, Jamie ne veut pas être soigné de sa blessure à l’épaule. « Ses yeux bleu acier me dévisagèrent d'un air soupçonneux » (T1 Ch4)
Claire et Jamie sont heureux au petit matin à Lallybroch. « Jamie était couché de l’autre côté, le visage à moitié enfoui dans l’oreiller, il ouvrit un œil bleu comme un ciel radieux. » (T2 Ch35)
Claire et Jamie sont à River Run et découvrent le cadavre d’une jeune fille dans le bureau du surveillant du moulin, « Le regard bleu de Jamie se glaça. » (T4 Ch13)
Installation à Fraser’s Ridge. « Je me retournai et posai mon front contre le sien, de sorte que nos yeux ne fussent séparés que de quelques centimètres. Les siens étaient d'un bleu très profond, de la même couleur que le ciel du soir dans l'échancrure des montagne » (T4 Ch19 passage manquant et traduit)
Claire gravement blessée va être opérée par Denzell Hunter. Elle confond ses pensées avec son environnement, Jamie se tient serré à ses côtés. « Si je mourais, retrouverais-je ma mère? J’eus soudain un violent désir de la voir. Je m’efforçai d’invoquer son visage et de la détacher de la horde fluctuante d’inconnus quand je perdis soudain le fil de mes pensées et me mis à flotter dans une sphère d’un bleu très sombre. — Ne me quitte pas, Claire, murmura Jamie dans mon oreille. Je t’en supplie, reste avec moi. » (T8-2 Ch83)
Jamie est de retour chez lui après avoir visité les villages indiens. « Il avait un léger sourire aux lèvres, mais ses yeux bleu nuit étaient ardents. » (T6 ch16)
Claire, s’accroche, se laisse guider par les yeux de Jamie
– Ils sont sa boussole : même si elle s’est très vite adaptée à vivre au XVIIIe, elle ressent parfois « une sensation de vide » quand elle pense à tout ce qu’elle a perdu. C’est dans ces moments-là, qu’elle s’appuie sur Jamie. Elle le suit partout, comme « aspirée et engloutie par Jamie et sa vie », mais Il est toujours là pour la soutenir et l’éclairer.
Cette couleur bleue (« lapis-lazuli ») identique aux yeux de Jamie, l’aide à choisir avec son cœur. C’est un moment important pour Claire qui doit se décider. Partir ou prendre l’alliance que Jamie lui offre. « Son regard se pose sur la lumière bleue de la carafe que le coucher du soleil fait ressortir sur le mur. » (T1 Ch23)
« Il prit mon visage entre ses mains…. Je ne voyais qu’un écran bleu… » (T1Ch24)
Jamie montre à Claire l’emplacement qu’il a prévu pour une nouvelle maison. « Il me fixa de son regard bleu intense. — Ça te plaît ? Je parle du site, sinon, je peux en trouver un autre. Je sentis des larmes me piquer les yeux. — C’est magnifique, Jamie. Tout simplement magnifique. « (T6 Ch20)
Claire s’accroche à son regard quand Jamie vient la sauver après sa violente agression. « Quand les flammes éclairèrent le visage de Jamie peint en noir, ses yeux lancèrent un éclat bleu vif » (T6 Ch28)
Retrouvailles. « — Je t’aime depuis le jour où je t’ai rencontrée, Sassenach,(…) accrochant mes yeux avec les siens, (...) Je t’aimerais pour toujours. » (T8-1 Ch24)
Le souvenir des yeux de Jamie, absorbe ses pensées quand elle le recherche avec Roger au XXe. Le lecteur le ressent comme le signe d’une connexion qui s’installe.
« …fixant le sol de ses yeux bleu nuit, aussi sombres et impénétrables que les eaux du loch Ness. Je rouvris les yeux, subitement consciente que j'étais assise sur le bord de ma chaise, le dossier serré contre ma poitrine, tellement emportée par mon évocation de Jamie que je n'avais même pas pensé à regarder de quelle prison provenait le registre en question. » (T3 Ch7)
Langage non-verbal, fusion amoureuse
Au château de Leoch. « Il prit mon visage entre ses mains et colla son front contre le mien. Nous nous regardâmes longuement dans les yeux, si près l’un de l’autre que je ne voyais qu’un écran bleu et son souffle chaud se confondait avec le mien. »
(T1 Ch24)
Le retour de Claire après vingt ans de séparation. « Il y a bien longtemps, tu m'as demandé si je savais ce que c'était, cette sensation entre nous » dis-je. Ses yeux restèrent fixés sur moi, d'un bleu si profond, presque noir dans cette lumière. -- Je me souviens » dit-il doucement. » (T3 CH26 Passage manquant et traduit)
A Lallybroch, Jamie gravement blessé, se bat avec une forte fièvre quand Claire revient pour le soigner. Il n’a pas envie de parler mais lui montre qu’il est là. « Un mince éclat bleu apparut entre ses paupières puis disparut aussitôt.
— Mmm... ? fit-il en feignant de se réveiller. »
(T3 Ch37)
Installation à Fraser’s Ridge. « Je me retournai et posai mon front contre le sien, de sorte que nos yeux ne fussent séparés que de quelques centimètres. Les siens étaient d'un bleu très profond, de la même couleur que le ciel du soir dans l'échancrure des montagnes » (T4 Ch19 passage manquant traduit)
Jamie et Claire fusionnent. « L’amusement faisait miroiter ses yeux comme la lumière du matin dans un torrent à truites, Malgré lui, Jamie sentit la tension de ses épaules se dénouer » (T5 CH18 « Bienheureux chez soi »)
Jamie s’interroge pour devenir agent indien. « Il me fit un regard entendu, ses yeux projetant un éclat bleu à la lueur des chandelles » (T6 Ch7)
Les yeux bleus de Jamie comme marqueur de sa vitalité
Tout au long de cette saga, Jamie est engagé dans une guerre, des conflits, des rébellions, Claire a dû tant de fois le soigner, le recoudre et le sortir d’un état physique et mental compliqués. A chaque fois, elle vérifie sa force vitale en sondant ses yeux.
A l’abbaye de Sainte-Anne de Beaupré, après une nuit de lutte, Jamie va mieux. « Ses traits étaient tirés mais paisibles. Les rides autour de sa bouche avaient disparu et son regard bleu était clair. » (T1 Ch39)
Après la morsure d’un serpent à sonnette et une nuit où Jamie a cru mourir. Claire sait qu’il va mieux. « Ses yeux d'un éclat bleu vif fixaient mon visage, resplendissants dans la lumière matinale, avec une expression presque intriguée, comme s'il ne m'avait encore jamais vue. — Tu es belle, dit-il doucement. Si belle, mo chridhe. » (T6 Ch93)
Jamie est encore blessé, après la bataille de Saratoga et Claire scrute son regard.
« – Comment te sens-tu ? – Étourdit. Il entrouvrit un œil et m’observa à travers une fente bleue » (T7-2 Ch21)
Claire évalue l’état de Jamie après une grave blessure à King Mountain. « – Tu peux m’entendre ? Lui demandai-je ? Son visage tressaillit brièvement, puis il resta immobile, et enfin - après une bonne minute atrocement longue - ses yeux s’ouvrirent. Je vis que deux fentes bleu foncé sur deux yeux rouges, mais au moins ils étaient ouverts. –Aye, chuchota-t-il » (T9 Ch148)
Jamie et ses yeux bleus
Jamie a un regard très expressif. Ses yeux, sont le reflet de son humeur et de ses états d’âmes, que Claire ressent et décrit à merveille.
Retour à Leoch, Jamie ne veut pas être soigné de sa blessure à l’épaule. « Ses yeux bleu acier me dévisagèrent d'un air soupçonneux » (T1 Ch4)
Jamie se sert de son regard pour mettre Claire à l’aise, il est joyeux, amoureux et intimidé. « Il me regarda, ses yeux bleus luisant de malice. (…) Ses yeux bleus ne quittèrent pas le rebord de son verre. » (T1 Ch15)
Après son arrivée à l’abbaye en France, Jamie demande à Murtagh de renvoyer Claire en Écosse et fait preuve d’autorité envers elle. « Je croisai les bras et le toisai. Un regard impérieux bleu acier me répondit. » (T1 Ch39)
Pour finir le tome 3 en beauté. « Il tourna vers moi ses yeux bleus, aussi lumineux que le ciel radieux derrière lui, avant d'ajouter : — Et voici Claire, ma femme. » (T3 Ch63)
Jamie est en colère après la lecture d’une lettre de sa sœur Jenny. « Jamie releva la tête vers moi, un sourcil en accent circonflexe, la flamme de la bougie se reflétant dans ses yeux bleus comme des saphirs taillés et polis » (T5-2 Ch76)
River Run, Claire et Jamie sont affectés par la disparition de Phaedre. « Il me dévisagea de son regard bleu nuit où l’humour et le remords se mêlaient à de nombreux autres sentiments que je n’arrivais pas à déchiffrer. Il m’adressa un sourire un peu triste. « (T6 Ch72)
Jamie, communique par le regard avec les personnes qui l’entourent. Son autorité qui semble si naturelle, est souvent silencieuse et passe par ses yeux. D’autant plus que leur belle couleur bleue attire l’attention.
Lallybroch, Ian rentre blessé au moignon de sa jambe et refuse de se faire soigner.
« Il adressa à Ian ce que j'appelais secrètement son « regard de laird » : un regard bleu acier qui faisait aussitôt bondir sur pied ceux sur qui il se posait, prêts à obéir à ses moindres désirs. « (T2 Ch 33)
A la prison d’Ardsmuir, Lord John négocie avec Jamie. Sans le lui exprimer ouvertement ; Jamie n’a pas envie de coopérer. « L’homme semblait calme et las et, si ses yeux bleus étaient toujours aussi pénétrants, » (T3 Ch9)
Plus tard, Lord John a un geste malheureux envers Jamie qui ne le supporte pas. « Il ne parvenait plus à détourner son regard, ni même à cligner les yeux pour effacer ce regard bleu qui le clouait sur place. Lentement, précautionneusement, il retira sa main. » (T3 Ch11)
Brianna n’ose pas dire à Jamie qu’elle est importunée par Obadiah le frère d’une de ses élèves. « Après tout, n'aurait-elle pas pu trouver un moyen d'y mettre un terme ? Mais sous l'intensité de ce regard bleu, elle ne put mentir. « (T5 Ch79)
Jamie, domine par le regard les hommes qui ont violenté Claire. « Puis, le regard bleu acier se fixa de nouveau sur l’homme à terre, et Fraser respira profondément. Lionel Brown. » (T6 Ch29)
Jamie s’en prend physiquement à Lord John,
« Le visage de Fraser se trouvait à deux centimètres du sien, si près qu’il ne voyait plus que deux yeux bleus injectés de sang, tous deux brillant d’une lueur démente » (T8-1 Ch4)
Jamie chasse avec sa fille Brianna dans les bois de Fraser’s Ridge et elle lui fait des confidences sur le motif de leur retour. « S'il le sait, ses amis le savent aussi. Certes, lui ne peut peut-être pas voyager à travers les pierres, mais peut-être que d’autres le peuvent… Jamie lui lança un regard bleu très direct. "Aussi, tôt ou tard, attendons-nous à avoir de la visite » (T9 Ch2)
Pour terminer cette petite analyse autour du bleu dans la saga Outlander, je vais m’attarder maintenant sur le surnaturel et la médecine des voyageurs temporels. Il est intéressant de voir comment avec la couleur bleue, Diana Gabaldon nous fait voyager dans cet extraordinaire univers fantastique. L’auteure a vraiment pensé à tout. Nous allons retrouver cette couleur dans des contes, des légendes, avec la magie, les fantômes et la médecine. Il y a tout au long de la saga, beaucoup de descriptions réalistes du corps humain souvent blessé. Et bien sûr la fameuse lumière bleue des voyageurs temporels guérisseurs pour soigner et sauver des vies.
Le Bleu dans les contes et les légendes
A Lallybroch en 1980, Roger explique à Brianna ce que sont les pixies dont parlent leurs enfants. Il lui fait un rapide résumé des légendes écossaises. "Ce ne sont pas les fées et les lutins qui manquent dans notre folklore, mais les Écossais ont une prédilection pour les êtres surnaturels un peu plus sinistres, les chevaux des eaux, les banshees, les sorcières bleues et le Nuckelavee." (T7-1 Ch21)
Légendes :
Les histoires du cheval des eaux ou Kelpies et d’autres habitants surnaturels des Highlands sont racontées pendant les veillées.
Au bord du Loch Ness, Claire voit et décrit le cheval des eaux.
« Sa peau écailleuse était d'un bleu profond, avec une tache vert vif aux nuances irisées sous la mâchoire. Ses étranges yeux sans pupilles étaient couleur de l'ambre. Si beaux... » (T1 Ch19) La couleur inventée par Diana Gabaldon, nous fait une piqure de rappel dans le surnaturel de cette histoire. (Le Plésiosaure est souvent représenté en bleu)
Les histoires du cheval des eaux ou Kelpies et d’autres habitants surnaturels des Highlands sont racontées pendant les veillées.
Au bord du Loch Ness, Claire voit et décrit le cheval des eaux.
« Sa peau écailleuse était d'un bleu profond, avec une tache vert vif aux nuances irisées sous la mâchoire. Ses étranges yeux sans pupilles étaient couleur de l'ambre. Si beaux... » (T1 Ch19) La couleur inventée par Diana Gabaldon, nous fait une piqure de rappel dans le surnaturel de cette histoire. (Le Plésiosaure est souvent représenté en bleu)
La Cailleach est la sorcière bleue dont parle Roger. C’est une vision gaélique de la sorcière de l’hiver, dont le nom est rattaché à certains Dolmens des collines. « Elle est une géante, capable de lever des rochers énormes et de les jeter à de grandes distances, même au milieu de la mer où ils forment maintenant des îles (les Hébrides). Sa demeure est près d'un lac, qu'on a vainement essayé de drainer : elle s'y est toujours opposée. En Ecosse, le lac Awe (Argyle) doit son origine à sa négligence : elle puisait l'eau dont elle avait besoin dans un certain puits; mais, ayant un soir oublié de le couvrir, l'eau en sortit et inonda toute la vallée, formant ainsi le lac. »
(Article dans Persee.fr)
Contes :
Dans le coffret contenant les lettres de ses parents, Brianna et Roger découvrent un petit livre de contes écrit par Jamie « Contes de grand-père » avec pour sous-titre « Histoires des Highlands et de l’arrière-pays de la Caroline du Nord »
(T71- Ch26)
L’histoire préférée de Mandy est « blue Pictsies ».
Les pixies ou Piskies sont des lutins bleus, censés habiter des sites antiques – cercles de pierres, tumulus, dolmens, des forts circulaires ou des pierres debout. Elle connaît par cœur ce conte de Jamie. En l’évoquant, elle permet de rassembler et de ramener la famille à la bonne époque pendant leur voyage temporel. « Grand-père ! Blue Pictsies ! Et soudain, nous étions…tous sur la même longueur d’onde… disons pour simplifier sur la même page." Roger sourit à cela, et reprit l'histoire. "Nous pensions tous à toi, et à cette histoire spécifique ; c'est celle avec l'illustration d'un pictsie bleu. Et... ensuite, nous étions allongés sur le sol à la bonne époque et ensemble » Cette explication a ému Jamie aux larmes. (T9 Ch10)
Le bleu et la Magie
Dans la saga Outlander, il y a beaucoup de phénomènes inexplicables, qui pourtant se produisent. Tout d’abord nous rencontrons les voyages temporels associés à des gemmes pour se protéger. Le phénomène se produit à des périodes spécifiques de l’année qui ouvrent le portail du temps. Puis, il y a les fantômes, ils apparaissent pendant de violents orages avec des éclairs bleus qui électrifient l’atmosphère. Enfin, les voyageurs temporels guérisseurs qui dans leur pratique médicale, instillent une lumière bleue dans la blessure du patient.
Les gemmes
La pierre guérisseuse de l‘amie Cherokee de Claire. « Nayawenne hocha la tête plusieurs fois et, ôtant de nouveau la petite bourse de son cou, y glissa deux doigts noueux. — Le lendemain du rêve, la grand-mère de mon mari est allée chercher des racines de kinnea et, en chemin, elle a aperçu un objet bleu pris dans la vase au bord de la rivière. Nayawenne extirpa un caillou qu'elle laissa tomber dans le creux de ma main. C'était une gemme brute. Des fragments de matrice y étaient encore accrochés mais le cœur de la pierre était d'un bleu doux et profond. — Mon Dieu... soufflai-je. Mais c'est un énorme saphir ! — Un saphir ? s'étonna Gabrielle. Nous l'appelons la « pierre sans peur » (T4Ch20)
Après un terrible orage et une nuit passée seule dans les bois, Claire découvre une opale bleu-noir, à côté du crâne de Dent de Loutre. Jamie et Ian inspectent la gemme et évoquent une légende des Highlands autour de la magie de cette pierre. « Elle était d'une couleur terreuse, formant un ovale irrégulier dans le creux de ma main. L'une des faces était plate, l'autre arrondie et lisse comme un galet. Je la retournai et écarquillai les yeux. La partie plate était effectivement gravée d'un symbole en spirale, comme un serpent s'enroulant sur lui-même. Un coin de la partie arrondie avait été entaillé et l'intérieur était illuminé de flammes rouges, jaunes et vertes.
— Mon Dieu ! Mais qu'est-ce que c'est ? souffla Ian. — C'est une opale, et d'une sacrée taille répondit Jamie et toucha la pierre du bout du doigt comme pour s'assurer qu'elle était bien réelle. Puis il se passa la main dans les cheveux, perplexe. — On dit que les opales sont des pierres de malheur, Sassenach. Je crus d'abord qu'il plaisantait mais, il semblait mal à l’aise. Bien que cultivé et ayant beaucoup voyagé,
il n’en était pas moins un Highlander et, comme ses compatriotes plutôt superstitieux, même s’il le montrait rarement. — Mais non ! dis-je en haussant les épaules. Ce n'est qu'une pierre. — Elles ne sont pas toutes maléfiques, oncle Jamie, intervint Ian. Maman a une bague en opale... pas aussi grosse que celle-ci, bien entendu, mais elle dit que c'est une pierre qui absorbe les vibrations de son propriétaire. Si, avant toi, elle a appartenu à quelqu'un de bien, elle te portera chance. Sinon... » (T4 Ch23)
La pierre bleue magique offerte par le caporal Jackson que Claire a soigné et sauvé à Ticonderoga. « Perplexe, j'ouvris le petit paquet pour y trouver une feuille de papier épais, soigneusement pliée autour d'un objet dur. Je la dépliai et une pierre de la taille d'un œuf de poule - et qui avait à peu près la même forme - me tomba dans la main. Elle était en partie gris-bleu avec des taches blanches et vertes par endroit. Sa texture était lisse et je sentis qu'elle était remarquablement chaude, compte tenu de la fraîcheur de l'air. Je la tendis à Jamie et dépliai la grande feuille de papier dans laquelle elle avait été enveloppée. Il y avait plusieurs feuillets dont une note rédigée à la plume et à l'encre, l'écriture était un peu brouillonne mais assez lisible. J'ai quitté l'armée et je suis rentré chez moi. Ma grand-mère vous envoie ce présent à titre de remerciement. C'est une pierre bleue provenant d'un endroit ancien qui peut - m'a-t-elle précisé - guérir les maladies de l'esprit et du corps. » (T9 CH150)
Les pierres magiques pour se protéger pendant les voyages temporels.
De manière récurrente, Diana Gabaldon leur donne l’image d’un beau saphir bleu.
Claire fait toucher un saphir brut à Mandy afin de savoir si elle peut traverser les pierres, pour aller faire soigner son cœur malade. « Parmi tout cela, se trouvait une pierre. Elle ne ressemblait pas à grand-chose, mas c’était une vraie gemme, un saphir brut. (…) —Tu penses que Mandy l’entend chanter aussi ? (… )
—Elle peut l’entendre, » (T6 Ch115)
Plus tard, c’est Lord John qui donnera à Jamie pour le voyage de Brianna, la bague d’Hector montée avec un beau saphir bleu vif. « Il baissa les yeux vers sa main gauche, qui portait une épaisse bague en or incrustée d’un étincelant saphir à facettes. La bague d’Hector. Son premier amour qui la lui avait offerte, à seize ans. Hector était mort à Culloden, le lendemain du jour où John avait rencontré James Fraser, dans le sombre défilé d’une montagne d’Écosse. » (T6 Ch119)
Le bleu et le surnaturel
Les fantômes
Certains, apparaissent un soir d’orage dans une lumière bleu électrique qui illumine le ciel de ses éclairs. La couleur bleue n’est pas particulièrement décrite, elle est simplement représentée avec un champ lexical précis, pour stimuler nos images mentales.
Le fantôme d’Inverness est un bel exemple de l’atmosphère électrique et bleutée qui entourait la mise en scène de son apparition. La couleur bleue est exprimée à ce moment-là avec le parfum « L’Heure Bleue » cité plusieurs fois, par Claire et qui permet à notre cerveau de faire le lien. « Le vent se levait et la chambre était chargée d’électricité, rendant veine toutes mes tentatives pour remettre de l’ordre dans ma coiffure. (…) Je saisis le flacon d’Heure bleue et en versait une dose généreuse dans ma paume. (…) Un éclair illumina le ciel, suivi d’un roulement de tonnerre. La lumière s’éteignit quelques secondes plus tard. (…) Qu’est ce qui se passe, Frank ? On dirait que tu viens de croiser un fantôme » (T1 Ch1)
Il en est de même, lors de l’apparition du fantôme de Dent de Loutre, dans la forêt des Appalaches. La couleur bleue est suggérée par l’ambiance électrique et par la couleur de la lumière comparée aux fleurs bleu mauve des Asclépiades.
« De l’autre côté́ de la montagne, il y eut des éclats lumineux, suivis d’un roulement de plus en plus sonore. La grêle cessa et la pluie reprit, redoublant d’ardeur. A mes pieds, la vallée était plongée dans la brume mais les sommets rocheux s’illuminaient par intermittence, blancs sur fond noir comme sur des radiographies. (…) J’observai la lumière qui descendait vers moi comme une fleur d’Asclépiades portées par le vent. (…) J’avais déjà aperçu les feux de St Elme sur la mer. Aussi étrange que cela
puisse paraître, son craquement bleu liquide ne ressemblait pas du tout à la lumière pâle qui approchait. Celui-ci n’avait ni étincelle ni couleur ; seulement une lueur spectrale. Gaz des marais disaient les habitants de Cross Creek quand on mentionnait les lumières de la montagne. (…) Tranquillement, il tourna les talons et s’éloigna. Lorsqu’il eut parcouru une vingtaine de mètres la lueur de sa torche disparut comme la dernière lueur du crépuscule dans la nuit. »
(T4 Ch23 passage manquant et traduit)
L’aura bleue des personnages
Dès leur première rencontre, Maitre Raymond l’alchimiste appelle Claire « Madone » en raison de son aura bleue. « — Madone ! Lança-t-il avec un large sourire. Que puis-je pour vous ? » (T2 Ch8)
« Tout le monde a sa propre couleur, disait-il simplement. Elle flotte tout autour des personnes, comme une brume. La tienne est bleue, madone. Comme le manteau de la Vierge. Comme la mienne. Comme la sienne. Cette pensée venue de nulle part me fit me raidir. "Jésus H. Roosevelt Christ !" Et si - d'accord, j'étais folle - mais il était trop tard pour que cela fasse la moindre différence. "Et s'il... si je... nous... si Maître Raymond était, d'une manière ou d'une autre, lié à moi ? » (T9 Ch24)
Avant la bataille de King Mountain, Jamie fait son testament et transmet ses dernières volontés à Claire. Nous apprenons à ce moment-là que Mandy a donné la même couleur bleue pour l’aura de Jamie et celle de son petit frère. « "Et ta deuxième volonté ?" "Wee Davy", me dit-il. "Amanda m'a indiqué qu'il est comme moi. Il a la couleur de l'eau. Il n'est pas comme elle et Jem... et je pense que ça veut dire qu'il ne peut pas passer à travers les pierres." (…) "Tu m'as évoqué trois volontés", dis-je enfin. Ma voix était devenue rauque. "Quelle est la troisième ?" Il lâcha ma main et écarta mes doigts, comme je l'avais fait pour lui quelques instants auparavant, mais le bout d'un de ses doigts suivit les lignes de ma paume et s'arrêta à la base de mon pouce, là où la lettre J s'était presque effacée sur ma peau. "Souviens-toi de moi", chuchota-t-il. » (T9 Ch143)
Impossible de ne pas penser en écho au bleu profond des myosotis par qui tout a commencé, dont le nom anglais est « Forget me not » ou« Ne m’oublie pas ».Je remarque que finalement Claire et Jamie ont tous les deux une aura bleue, ce sont bien des âmes sœurs.
Maitre Raymond
Apothicaire, alchimiste, guérisseur, ou appelé « charlatan hérétique » par Mère Hildegarde. L’étrange Maitre Raymond, nous a montré ses pouvoirs en utilisant une lumière bleue magique pour sauver Claire d’une grave infection après son accouchement prématuré à Paris. « La lumière grise de l'après-midi filtrait à travers les rideaux de gaze et les mains de maître Raymond formaient deux taches sombres sur ma peau blanche. Pourtant, les ombres entre ses doigts n'étaient pas noires. Elles étaient... bleues, me semblait-il. Je fermai les yeux et contemplai les taches de couleur qui flottaient sous mes paupières. Lorsque je les rouvris, ce fut comme si la couleur refusait de s'évanouir, nimbant les mains de maître Raymond d'une aura bleutée. » (T2 Ch25)
Ce n’est que beaucoup plus tard que Claire, se souvient une fois de plus de cette lumière bleue à l’évocation de Faith avec Jamie. « Un bleu guérisseur très doux, faible. Mais ça faisait... "briller" n'est pas le bon mot, vraiment. C'était... vivant." Ça l'était. Et j'ai senti le bleu se propager à partir de mes os, me traverser le corps. Et j'ai senti l'éclatement des microbes dans mon système, mourant comme des étoiles. »
(T9 Ch6)
La magie de la guérison
Le plus orignal dans ce chapitre sur la médecine, c’est l’utilisation du pouvoir magique pour soigner et guérir. Les voyageurs temporels ont certainement une mission pour changer le futur, non pas celui qui est déjà écrit dans les livres d’histoire, mais le futur des individus qu’ils gardent en vie grâce au pouvoir magique de la lumière bleue. D’autres auront des actions scientifiques ou spirituelles
« J'étais en train de mourir, de vraiment mourir, je le sentais, et Maître Raymond est arrivé. (…) "Et je me remémorai ce que je pensais être la vérité." Aussi, je lui racontai, comment je vis mes os briller en bleu à travers la chair de mes bras, la sensation de cette lumière se répandant dans mon corps, tuant inexorablement l'infection qui était en moi, me laissant certes épuisée, mais vivante et sur la voix de la guérison. » (T9 Ch24)
Le voyageur guérisseur Hector McEwan
Après le passage de Roger et de Buck, à travers le cromlech de Craig Na Dun, ce dernier était mal en point. Les gens qui les avaient recueillis avaient fait venir un médecin, Hector McEwan. « En revanche, ce qu’il ne pouvait expliquer et qui lui faisait peur, c’était que les mains du guérisseur étaient devenues bleues. Il n’y avait aucun doute. Ce n’était pas un effet de lumière. Ce n’était pas spectaculaire, pas une scintillation flamboyante ni une fluorescence, mais une douce teinte bleutée qui avait grimpé entre les doigts du guérisseur, s’était répandue jusqu’à ses poignets et formait à présent un léger halo autour de ses mains, semblant pénétrer la poitrine de Buck. » (T8-1 Ch37)
Roger le raconte à Claire, « Il a posé sa main sur la poitrine de Buck en pratiquant de petits gestes et j'ai vu - vraiment, Claire, je l'ai vu - une faible lumière bleue passer entre ses doigts et se répandre sur sa main. » (T9 Ch3)
McEwan, va tenter de soigner de la même manière le larynx de Roger qui reste meurtri après sa pendaison à Alamance. Pendant une discussion où ils se reconnaissent comme voyageurs temporels il lui explique qu’il guérit avec la lumière bleue dans le corps. « — Cognosco te, dit-il doucement. Le Dr Hector McEwan plissa les yeux pour se protéger du vent, sur ses gardes mais également intéressé. — Qui êtes-vous? demanda-t-il. Tous les deux, qui êtes-vous? — Vous le savez peut-être mieux que moi, répondit Roger. Cette… cette lumière dans vos mains…» (T8-1Ch104)
Le docteur Claire Fraser
L’amie de Claire, Nayawenne, l’indienne guérisseuse lui avait prédit dès leur première rencontre qu’elle aurait tous ses pouvoirs quand sa chevelure serait devenue toute blanche. Progressivement avec l’âge ses cheveux blanchissent et dans des moments d’urgence absolue, Claire voit cette lumière bleue apparaître dans ses mains.
Claire, chirurgienne venant du XXe, utilise ses connaissances pour se soigner elle-même après sa blessure par balle à la bataille de Monmouth. C’est dans les veines bleues du roquefort offert par le marquis de La Fayette qu’elle espère trouver de la pénicilline. Cela a fonctionné tout en étant pour l’époque considéré comme une idée loufoque qui s’apparente à de la sorcellerie. « — Du roquefort…, dis-je en fixant le panier. A-t-il envoyé du roquefort ? C’est un peu grisâtre, avec des veines vertes et bleues ? — Je… je ne sais pas. Surprise par mon ton anxieux, elle sortit un petit paquet enveloppé dans un linge et le tint devant moi. L’odeur était reconnaissable entre toutes. Je me détendis et me rallongeai, très, très lentement. — Parfait, conclus-je. Denzell, quand vous aurez fini, tartinez généreusement la plaie avec ce fromage. » ( T8-2 Ch83)
Claire se souvient de la toute première fois où elle a vu cette lumière bleue, quand elle a tenté de sauver le bébé de Malva. « Je la revoyais en pensée, morte dans le jardin, avec ces deux odeurs si caractéristiques - celle du sang et celle de la naissance - qui émanaient du sol. Je revis également le petit garçon que j'avais retiré de son corps, à peine vivant et cette étincelle bleue dans mes mains, qui diminuait peu à peu et qui finit par mourir. Cette étincelle bleue, je l'ai vue, je l'ai vue et j'ai regardé profondément en lui, souhaitant qu'il reste, le retenant en sécurité dans la paume de mes mains. » (T9 Ch54)
A Fraser’s Ridge, Claire est appelée pour un accouchement difficile de jumeaux. En lui transmettant toute son énergie vitale, une petite lumière bleue apparaît dans ses mains quand elle réanime la petite Abigail Cloudtree, Claire s’en souvient au moment de la naissance de Davy.« L'odeur féconde de l'étable ainsi que le marécage de sang et de liquide amniotique, me ramenèrent dans cette nuit hors du temps et de l'espace que j'avais vécu dans une petite cabane, et où j'avais dû fournir de violents efforts pour maintenir une petite lumière bleue dans mes mains en priant de tout mon cœur pour qu'elle ne s'éteigne pas. Je déglutis. »
(T9 Ch107)
A la bataille de King Mountain, Claire tente le tout pour le tout afin de maintenir Jamie en vie. « J'avais à présent en tête, le souvenir d'avoir retenu l'âme de Jamie au sommet de cette montagne, de l'avoir empêché de se séparer de son corps... Roger m'avait dit, à voix basse, lorsque personne n'était à proximité pour nous entendre, qu'il avait cru voir une faible lumière bleue aller et venir tout autour de mes mains lorsque je touchais Jamie, vacillante comme un feu de marais. » (T9 Ch150)
C’est Roger qui lui dit avoir vu cette lumière bleue entre le corps de Jamie et les mains de Claire. Effectivement cette magie est uniquement visible par les voyageurs temporels.
En réalisant ce tour d’horizon non exhaustif sur la couleur bleue dans la saga Outlander écrite par Mme Diana Gabaldon, je me suis aperçue qu’elle l’a instillée par petites touches de toutes les nuances possibles, comme le ferait le pinceau d’un peintre impressionniste. C’est avec ces petits rehauts de bleu répartis dans tous les domaines abordés, que l’auteure qui n’écrit pas de manière linéaire, cimente l’histoire. Ainsi les images mentales qu’ils suscitent se trouvent unifiées dans le récit.
Le ton est donné avec les yeux bleus de Jamie qui renforcent le lien fort et passionné du couple. Ce n’est pas un hasard si les yeux de Claire couleur whisky qui est un orangé-roux, sont l’exact complémentaire sur le spectre du cercle chromatique. Effectivement ils sont complets ensemble et se complètent parfaitement